Interdiction de louer selon le DPE : dates, sanctions et solutions pour garder votre appartement louable

L Lisa Girard Rédaction
Publié le 22 juillet 2026 Lecture 10 min
appartement moderne confort

Oui, un appartement peut devenir interdit à la location à cause de son DPE, mais pas de la façon dont beaucoup de propriétaires l’imaginent. En clair, l’interdiction vise surtout la mise en location (signature d’un nouveau bail, renouvellement ou reconduction tacite) à partir de dates précises, et elle s’ajoute à un autre sujet qui peut vous bloquer plus tôt : la décence énergétique.

Ce que signifie vraiment « interdit à la location » (et ce que ça ne signifie pas)

Le sujet paraît simple, mais la nuance change tout. Il faut distinguer trois niveaux : un logement peut être jugé indécent au sens énergétique, il peut être soumis à un gel des loyers, et il peut devenir non louable au moment où vous signez ou prolongez un bail.

Dans les faits, les interdictions ne « cassent » pas automatiquement un bail en cours du jour au lendemain. Elles s’appliquent aux contrats signés, mais aussi aux contrats renouvelés ou reconduits tacitement à compter des échéances prévues par le calendrier. Résultat : le point qui change tout, c’est votre date de prochain renouvellement, ou le départ du locataire si vous comptez relouer.

Le DPE (diagnostic de performance énergétique) est au coeur du dispositif : il est obligatoire pour louer, réalisé par un diagnostiqueur certifié, transmis à l’Ademe, valable 10 ans et « opposable » (il peut être utilisé en cas de litige). Le cadre légal s’appuie notamment sur la loi Climat et Résilience (22 août 2021), le décret décence (30 janvier 2002) et un décret de 2023 qui précise les modalités et le calendrier.

Les classes E, F, G : les seuils qui vous situent (et le cas à part « G+ »)

Avant de parler dates, vous devez situer votre logement. Les classes DPE reposent sur des seuils de consommation d’énergie et d’émissions de gaz à effet de serre. Pour un propriétaire bailleur, c’est utile pour comprendre pourquoi un logement bascule d’une lettre à l’autre, et pourquoi certaines règles utilisent un autre indicateur.

  • Classe E : 250 à 330 kWh/m².an (énergie primaire) et 50 à 70 kg CO2eq/m².an.
  • Classe F : 330 à 420 kWh/m².an et émissions supérieures à 70 kg CO2eq/m².an.
  • Classe G : plus de 420 kWh/m².an et émissions supérieures à 100 kg CO2eq/m².an.

Mais attention : le tout premier verrou mis en place ne repose pas exactement sur ces lettres. Depuis le 1er janvier 2023, la décence énergétique impose une consommation annuelle en énergie finale inférieure à 450 kWhEF/m².an. C’est ce seuil qui a déclenché l’interdiction visant les « G+ », parfois appelés « super-passoires », définis ici par une consommation finale supérieure ou égale à 450 kWh/m².an.

Autrement dit, vous pouvez avoir une étiquette (calculée en énergie primaire) et, en parallèle, un critère de décence (en énergie finale) à surveiller. Le bon réflexe n’est plus seulement de regarder la lettre, mais aussi de vérifier ce seuil de 450 kWhEF/m².an quand votre logement est très énergivore.

Le calendrier : à partir de quand votre appartement peut être interdit à la location

Ce qui change, c’est d’abord un enchaînement de dates. Je le vois souvent sur le terrain : des bailleurs paniquent en pensant qu’ils doivent « arrêter de louer » immédiatement, alors que leur risque réel se joue au prochain renouvellement, ou au moment de relouer après un départ.

Date Mesure Logements visés Impact concret pour vous
1er juillet 2021 Nouvelle version du DPE Tous Une étiquette peut changer car la méthode de calcul a été remaniée.
24 août 2022 Gel des loyers F et G Interdiction de hausse: votre revalorisation de loyer est bloquée.
1er janvier 2023 Interdiction de mise en location G+ (>= 450 kWhEF/m².an) Bloquant pour les nouveaux baux, et repère clé de décence énergétique.
1er janvier 2025 Interdiction de mise en location Tous les classés G Interdit à la signature, au renouvellement ou à la reconduction tacite à partir de cette date.
1er janvier 2028 Interdiction de mise en location Classés F (France métropolitaine) Même logique: signature, renouvellement, reconduction tacite.
1er janvier 2034 Interdiction de mise en location Classés E (France métropolitaine) Les logements E sont concernés à leur tour.

Pour l’outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte), le calendrier diffère : les G seraient interdits à compter du 1er janvier 2028, et les F à compter du 1er janvier 2031. Si vous louez sur ces territoires, ne calquez pas vos décisions sur les dates métropolitaines.

Bail en cours, reconduction tacite, relocation : là où se joue votre risque

Concrètement, posez-vous trois questions simples : votre bail est-il en cours, arrive-t-il à renouvellement, ou êtes-vous sur le point de relouer après un départ ?

Si le locataire est en place, l’enjeu principal devient la contestation possible sur la décence, surtout pour les logements très énergivores. Si le locataire part, la relocation ressemble à un « nouveau départ » : vous retombez dans une logique de nouveau bail et donc d’interdiction si votre DPE est dans la classe devenue non louable à la date où vous signez.

Et n’oubliez pas un effet immédiat et très concret : depuis le 24 août 2022, si votre logement est F ou G, vous êtes dans le gel des loyers. Même quand la location reste possible, votre marge de manoeuvre sur le loyer est déjà réduite.

Ce que vous risquez si vous louez un logement non conforme

Le risque n’est pas seulement théorique. Il y a d’abord un volet « annonces et information » : des sanctions administratives peuvent viser les manquements d’affichage ou de mentions, avec des plafonds de 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale. La DGCCRF intervient sur ces sujets.

Ensuite, le contentieux locatif peut coûter plus cher qu’une amende. Côté judiciaire, les conséquences possibles incluent notamment : obligation de travaux, réduction du loyer, suspension du versement du loyer, remboursement des loyers, ou encore suspension de la durée du bail. Le cadre renvoie notamment à la loi du 6 juillet 1989, une loi de 2019, et au décret sur la décence.

À retenir : entre la vacance locative, l’impossibilité de revaloriser le loyer (gel F-G) et le risque de litige, « attendre pour voir » peut devenir une stratégie coûteuse si vous approchez d’une date de relocation ou de renouvellement.

Avant de louer : la checklist conformité (DPE, annonce, audit, copropriété)

Avant même de publier une annonce, sécurisez les basiques. Le DPE doit être à jour, correctement établi, et vous devez respecter les obligations d’affichage.

  • DPE : obligatoire pour louer, transmis à l’Ademe, validité 10 ans.
  • Annonce : depuis le 1er janvier 2022, affichage d’une fourchette ou d’un prix de consommation énergétique annuelle, et mention « Logement à consommation énergétique excessive » pour les logements F et G.
  • Audit énergétique (vente) : obligatoire depuis le 1er avril 2023 pour vendre un logement F ou G en monopropriété, avec un coût indicatif de 800 à 1 500 euros.

En copropriété, un autre sujet arrive vite : le DPE collectif pour certains immeubles (permis de construire déposé avant le 1er janvier 2013), avec un calendrier qui démarre en 2024 et s’étale jusqu’au 1er janvier 2026 selon la taille de la copropriété. Si votre amélioration dépend des parties communes, anticipez très tôt avec le syndic.

Dérogations : quand un logement peut rester louable malgré un mauvais DPE

Il existe des cas limites où la mise en conformité peut être bloquée par des contraintes architecturales, patrimoniales ou structurelles, ou par l’impossibilité d’obtenir une autorisation de travaux modifiant l’architecture extérieure. Dans ces situations, l’enjeu est de documenter sérieusement le blocage, pas de compter sur une « tolérance » floue.

En copropriété, si l’amélioration énergétique dépend des parties communes et que le collectif bloque, un point est souvent mal compris : le juge ne peut pas contraindre le copropriétaire individuel à réaliser des travaux qui relèvent du collectif. Dans la pratique, vous avez intérêt à garder des preuves de démarches (demandes au syndic, sujets mis à l’ordre du jour, échanges en assemblée générale) et à constituer une note argumentée, étayée par un avis d’un professionnel du bâtiment et, si applicable, un refus d’autorisation.

Contester un DPE si vous suspectez une erreur : mode opératoire simple

Un DPE « opposable » n’est pas un DPE « infaillible ». Si votre étiquette vous semble incohérente (surface, chauffage, isolation, ventilation, consommations estimées, ou étiquette CO2), le réflexe à avoir est d’agir vite, surtout avant une relocation ou un renouvellement.

certificat performance energetique

Commencez par réunir des éléments factuels : plans, factures de travaux, références d’équipements (chaudière, pompe à chaleur), attestations, descriptif de copropriété, photos, procès-verbaux d’assemblée générale. Recontactez ensuite le diagnostiqueur pour demander vérification et correction. Si nécessaire, faites réaliser un nouveau diagnostic par un diagnostiqueur certifié.

Gardez une traçabilité propre : échanges, version du DPE, identifiant Ademe, dates de remise. C’est simple, mais c’est souvent ce qui manque quand un dossier se tend.

Travaux et aides : rester louable sans vous perdre dans les sigles

Sur le papier, « rénover » paraît vague. Dans les faits, l’objectif est très concret : sortir d’abord de la zone qui déclenche l’interdiction (G, puis F, puis E), et vérifier la décence énergétique (450 kWhEF/m².an) si vous êtes dans les extrêmes.

Pour financer, plusieurs leviers existent et peuvent se combiner selon votre situation : MaPrimeRénov’ (avec des forfaits de 5 000 à 10 000 euros pour des rénovations globales, et des dispositifs avec exigence de gain énergétique d’au moins 35 %), les CEE (certificats d’économies d’énergie, avec environ 50 opérations standardisées éligibles), la TVA à 5,5 % sur les travaux de rénovation énergétique, et l’éco-PTZ (prêt à 0 %, jusqu’à 50 000 euros par logement, sur une durée maximale de 20 ans, avec un horizon d’accès mentionné jusqu’au 31/12/2027).

J’insiste sur un point pragmatique : sécurisez aussi l’exécution. Entre le devis et le résultat sur l’étiquette, il y a la qualité de pose, la cohérence des postes (par exemple isolation et ventilation) et la capacité à produire les justificatifs, notamment en passant par des artisans RGE.

« Le vrai arbitrage, ce n’est pas « travaux ou pas travaux ». C’est: quels travaux vous font passer la prochaine date sans vous exposer à un bail impossible, une vacance locative ou un litige. »

Le point à surveiller si votre logement est chauffé à l’électricité : réforme au 1er janvier 2026

À partir du 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l’électricité doit être abaissé de 2,3 à 1,9. Des impacts estimés sont évoqués : 850 000 logements sortiraient automatiquement des classes F-G, et 7 millions de résidences principales gagneraient au moins une lettre.

Mais attention : une projection n’est pas un classement opposable. Si vous êtes proche d’une échéance (relocation, renouvellement), fonder votre décision uniquement sur « ça devrait s’améliorer en 2026 » peut vous mettre en difficulté. L’approche la plus sûre est de raisonner avec votre calendrier de bail et de vérifier, quoi qu’il arrive, l’effet sur l’interdiction de location et la décence énergétique.

Décider vite : la routine en 30 minutes avant de relouer ou renouveler

Si vous devez trancher rapidement, utilisez une méthode simple : identifiez votre lettre DPE (E, F, G) et, si votre logement est très énergivore, vérifiez aussi le seuil de 450 kWhEF/m².an. Placez ensuite votre bien sur la bonne date : 1er janvier 2025 pour les G, 1er janvier 2028 pour les F, 1er janvier 2034 pour les E (avec le calendrier spécifique outre-mer si vous êtes concerné).

Ensuite, regardez votre situation de bail : en cours, renouvellement ou reconduction tacite, ou relocation après départ. C’est là que l’interdiction devient concrète. Enfin, choisissez votre levier prioritaire : fiabiliser ou contester un DPE douteux, prioriser des travaux et monter le financement (MaPrimeRénov’, CEE, éco-PTZ, TVA 5,5 %), activer la copropriété si les parties communes bloquent, ou préparer un dossier solide si vous êtes dans un cas de dérogation.

Dernier réflexe très opérationnel avant de publier une annonce : vérifiez l’affichage et les mentions obligatoires, parce qu’une erreur simple peut vous exposer à des amendes (jusqu’à 3 000 euros ou 15 000 euros selon le cas) alors même que le vrai sujet, lui, se joue sur la louabilité à la prochaine échéance.

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Lisa Girard

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