Oui, vous pouvez organiser des visites pendant le préavis, mais pas « quand vous voulez ». Le locataire garde la jouissance paisible du logement jusqu’au dernier jour, donc aucune entrée n’est possible sans son accord, même si vous avez un double des clés. En clair, tout se joue sur des créneaux convenus, dans des limites précises, et sur votre capacité à rester irréprochable si la situation se tend.
Le cadre de base : le locataire est chez lui jusqu’au dernier jour
Le point à surveiller, c’est la règle de départ : jusqu’à la fin du bail, le locataire conserve le droit de vivre tranquillement dans le logement. Dans les faits, cela signifie que vous ne pouvez pas entrer sans son accord, y compris pendant le préavis, y compris pour « juste une visite rapide ».
Beaucoup de tensions viennent d’une confusion classique : les visites pour relouer ou vendre ne suivent pas les mêmes réflexes que l’accès pour travaux. Pour les visites commerciales (relocation ou vente), vous devez obtenir un accord sur les créneaux. Pour certains travaux, l’accès peut être dû, mais il obéit à un autre régime, avec ses propres limites.
Relouer ou vendre : ce que vous pouvez vraiment imposer (et ce que vous ne pouvez pas)
Ce qui change, quand le locataire a donné congé : la loi admet l’idée de visites, mais ce n’est pas un droit d’entrée unilatéral. Autrement dit, une clause dans le bail peut encadrer le principe, mais elle ne vous autorise pas à ouvrir la porte sans validation des créneaux.
La limite chiffrée à connaître est simple : si les visites sont « imposées » au locataire, leur durée maximale est de 2 heures par jour ouvrable. Et il y a des jours interdits dans ce cadre : dimanche et jours fériés.
Pratiquement, les jours ouvrables s’entendent du lundi au samedi inclus. Cela vous donne de la marge, mais une marge encadrée : vous gagnerez souvent du temps en regroupant les visites sur 1 ou 2 jours ouvrables, plutôt que de demander des micro-créneaux qui finissent par braquer tout le monde.
| Sujet | Règle pratique | Ce que ça implique pour vous |
|---|---|---|
| Accès au logement | Pas d’entrée sans accord du locataire | Vous planifiez, vous confirmez, vous gardez des preuves |
| Durée des visites | 2 heures maximum par jour ouvrable | Vous concentrez les rendez-vous, vous évitez les demandes abusives |
| Jours interdits si visite imposée | Dimanche et jours fériés | Vous proposez des créneaux du lundi au samedi |
| Clause du bail | Valable seulement si elle respecte les limites légales | Une clause trop large est réputée non écrite |
| Double des clés | Utilisable uniquement avec autorisation écrite explicite | Sans écrit, vous prenez un risque lourd |
Horaires : des créneaux réalistes qui fonctionnent sans vous mettre en faute
Sur le papier, « 2 heures par jour ouvrable » peut donner envie d’étaler. Dans la vraie vie, vous irez plus vite en proposant des plages simples, compatibles avec la vie du locataire et les contraintes des candidats.
Exemples de créneaux souvent acceptables : 18h à 20h du lundi au vendredi, ou 10h à 12h le samedi. L’idée n’est pas de figer une règle universelle, mais de partir sur des horaires lisibles, puis de laisser au locataire la possibilité de contre-proposer dans la limite des 2 heures.
Mais attention : sans accord, pas de visite, même si une clause existe. Le sujet paraît simple, mais c’est là que beaucoup de bailleurs se mettent en risque : ils confondent « droit de visite » et « droit d’entrer ».
Qui doit être présent pendant la visite : locataire, bailleur, agence ?
Pour limiter les litiges, la présence du locataire est fortement recommandée. Ce n’est pas une obligation absolue, mais c’est la configuration la plus sécurisante : moins d’accusations d’intrusion, moins de discussions sur l’état des affaires personnelles, moins de contestations après coup.
Le locataire peut accepter que la visite se fasse en son absence, mais le bon réflexe n’est plus le même : faites-le acter par écrit. Un accord clair sur les jours et horaires, et sur qui entre, vous protège si la relation se dégrade.
Si une agence immobilière organise les visites, cadrez-le proprement : un planning, des confirmations, et une liste des personnes amenées à entrer. Dans les faits, tenir un registre des visites (date, heure, personnes présentes) et confirmer les créneaux 24 à 48 heures avant selon ce que vous avez convenu, évite beaucoup de conflits inutiles.
- À faire : proposer 2 ou 3 créneaux compatibles, laisser une possibilité de contre-proposition, confirmer par écrit.
- À éviter : multiplier les demandes au dernier moment, dépasser les 2 heures, viser le dimanche ou un jour férié, entrer « parce que la clé est là ».
- À conserver : échanges écrits, planning, confirmations, et tout élément montrant votre bonne foi.
Clés et double des clés : la ligne rouge à ne jamais franchir
Le point le plus sensible, c’est l’usage du double des clés. En clair : avoir un double ne vous donne pas le droit d’entrer. Même pendant le préavis. Même pour un candidat « déjà sur place ». Même si vous pensez rendre service.
Si le locataire accepte que vous utilisiez le double, exigez une autorisation écrite explicite avec des jours et horaires précis, et idéalement une durée de validité. L’écrit n’est pas un luxe administratif : c’est votre preuve en cas de contestation.
Le risque est bien réel : une entrée non autorisée peut être qualifiée de violation de domicile, avec une sanction pénale citée de 1 an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende. La facture peut vite grimper, et pas seulement financièrement : ce type de conflit bloque souvent la relocation ou la vente au pire moment.
Préavis : comprendre le calendrier pour ne pas rater la fenêtre de visites
Pour beaucoup de propriétaires, le vrai impact vient du timing. Vous pouvez avoir une stratégie de visites parfaite, si le préavis est court, vous devez agir vite, sans brûler les étapes.
Les durées à avoir en tête :
- Logement vide : préavis de 3 mois en principe.
- Zone tendue : préavis réduit à 1 mois si la lettre mentionne l’adresse et la situation conforme.
- Logement meublé : préavis de 1 mois (y compris bail de 9 mois) pour les baux concernés par le cadre applicable aux baux signés depuis le 27 mars 2014.
Il existe aussi des situations où le locataire peut bénéficier d’un préavis à 1 mois avec justificatif, notamment : logement social, RSA, AAH, santé, violences conjugales ou sur l’enfant, 1er emploi, perte d’emploi, mutation. A l’inverse, certains cas restent fréquemment à 3 mois : cas général, fin de droits chômage, retraite, démission ou abandon de poste (sauf exception), indépendants sans motif spécifique.
Concrètement, pour organiser des visites, vous devez d’abord dater correctement le point de départ : le préavis commence à la réception de la lettre recommandée avec accusé de réception, à la signification par commissaire de justice, ou à la remise en main propre. Exemple opérationnel : réception le 5 septembre, préavis 1 mois jusqu’au 5 octobre à minuit, ou préavis 3 mois jusqu’au 5 décembre à minuit.
Mon conseil de terrain : dès que vous recevez le congé, proposez tout de suite un planning simple sur deux créneaux fixes par semaine. Vous évitez les négociations sans fin, et vous gardez un cap compatible avec la limite des 2 heures par jour ouvrable.
Si le locataire refuse ou bloque : la méthode pour rester dans les clous
Le locataire peut refuser des créneaux, contre-proposer, ou ne plus répondre. La nuance change tout : son silence ne vaut pas accord, donc vous ne pouvez pas entrer. Votre levier, c’est la méthode : documenter, formaliser, puis escalader proprement.
Une anecdote que je vois revenir : un bailleur pense « gagner du temps » en venant avec l’agence un samedi, clé en main, parce que le locataire ne répond plus. Résultat : conflit, accusations d’intrusion, et plus aucune visite possible ensuite. Le bon réflexe est l’inverse : vous devez devenir carré sur la preuve et les démarches.
1) Documenter tout de suite
Dès les premiers blocages, tenez un journal simple des tentatives : appels, SMS, mails, courriers, propositions de créneaux. Ajoutez, si vous en avez, des attestations factuelles (agence, candidats) sur des rendez-vous annulés ou impossibles.
2) Proposer des créneaux raisonnables, puis formaliser en recommandé
Dans les faits, commencez par un écrit simple (mail ou SMS) qui propose plusieurs créneaux sur jours ouvrables, dans la limite des 2 heures. Demandez une confirmation écrite et laissez la porte ouverte à une contre-proposition.
Si vous n’obtenez pas de réponse, passez à la lettre recommandée avec accusé de réception. Vous créez un point de départ clair du différend et vous montrez votre bonne foi. Le dossier doit être regardé de plus près si la situation risque de finir devant un juge, et l’écrit fait la différence.
3) Tenter une conciliation si nécessaire (et garder la preuve)
Si le litige est inférieur ou égal à 5 000 euros, une tentative préalable est obligatoire avant de saisir le juge : conciliation, médiation ou procédure participative. Vous pouvez notamment vous tourner vers une commission départementale de conciliation ou une maison de justice et du droit. Conservez les preuves de cette tentative : convocation, procès-verbal de non-conciliation, échanges.
4) Constater et saisir le juge des contentieux de la protection si ça ne bouge pas
Si le blocage persiste, un constat par commissaire de justice peut matérialiser l’obstruction, l’absence de réponse, ou des rendez-vous impossibles, ainsi que l’impact sur votre relocation ou votre vente. Le juge compétent est le juge des contentieux de la protection du tribunal dont dépend le logement.
Les demandes qui reviennent dans ce type de dossier : une autorisation judiciaire d’accès selon des modalités encadrées, une injonction, et éventuellement des dommages-intérêts si vous prouvez un préjudice (vacance locative, frais d’agence supplémentaires, visites annulées, report de signature, perte d’opportunité). Ici, le chiffre affiché ne dit pas tout : ce sont vos pièces et votre chronologie qui pèsent.

Travaux pendant le préavis : un autre régime, avec d’autres limites
Ne mélangez pas tout : l’accès pour travaux ne se traite pas comme une visite de relocation ou de vente. Le locataire a l’obligation de laisser l’accès pour certains travaux à la charge du bailleur : maintien en état, amélioration, performance énergétique, mise en conformité du logement décent.

Mais attention, là aussi il y a des garde-fous : l’accès ne se fait pas le samedi, le dimanche ou un jour férié sauf accord exprès du locataire.
Le réflexe à avoir est procédural : notifiez les travaux en lettre recommandée avec accusé de réception ou par remise en main propre, en précisant la nature des travaux, la date de début, la durée prévisible et la nécessité d’accès. Gardez les preuves : accusés de réception, devis, planning, échanges écrits.
Et si les travaux durent plus de 21 jours, une baisse de loyer proportionnelle est due. En cas de désaccord (refus de baisse, conditions abusives), le locataire peut saisir le juge des contentieux de la protection. Si les travaux rendent le logement impossible ou dangereux, il peut aussi demander au juge l’interruption ou l’interdiction, et en cas de réparations urgentes rendant le logement inhabitable, il peut demander la résiliation du bail.
Alternative quand les visites physiques deviennent ingérables : commercialiser sans entrer
Quand les créneaux sont rares ou le climat conflictuel, vous pouvez limiter la pression avec des visites virtuelles : visio en direct, vidéo commentée, ou reportage photo. Cela ne remplace pas toujours une visite physique, mais ça peut réduire le nombre de déplacements et éviter les face-à-face inutiles.
Point non négociable : si vous diffusez des images, il vous faut le consentement écrit du locataire, et des précautions de confidentialité (biens personnels, documents, photos de famille). C’est souvent une sortie par le haut : vous avancez sur la commercialisation, sans forcer l’accès au logement.
Ressources utiles quand vous voulez sécuriser vos démarches
Si vous avez un doute sur vos droits, sur un courrier, ou sur un calendrier de préavis (notamment en zone tendue), vous pouvez solliciter l’ADIL ou l’ANIL pour de l’information logement. Pour des informations pratiques, vous pouvez aussi passer par Service Public, y compris via Allô Service Public aux horaires suivants : lundi 08h30-17h30, mardi 08h30-12h15, mercredi 08h30-12h15, jeudi 08h30-17h30, vendredi 13h00-16h15. Et si le conflit se judiciarise, retenez l’interlocuteur : le juge des contentieux de la protection du tribunal dont dépend le logement.
